Passés Composés Triptyque contemporain et mémoire du territoire
Une exploration du triptyque, entre mémoire et territoire
Focus Boucherville Par:
Erwann K, Suzelle Chaput, Martine Forest, Véronique P. Renaud et Johanne Pion.
Lorsque nous avons entamé cette aventure qu’est PASSÉS COMPOSÉS, le triptyque s’est imposé naturellement.
Comme une évidence.
Ce format ancien, chargé d’histoire, ouvrait un espace de liberté inattendu.
Pour moi, comme pour les autres artistes, il ne s’agissait pas seulement de créer, mais de revisiter.
Revisiter nos mémoires, nos images intérieures, et les transformer en une œuvre à la fois intime et vivante.
Un format chargé d’histoire, ouvert sur le présent
Guidé par Anne Ashton, j’ai découvert les origines du triptyque : le retable, l’art sacré, la narration fragmentée.
Trois panneaux pour raconter, pour révéler, pour guider le regard.
Mais ce qui m’a marqué, c’est sa capacité à traverser le temps.
De Jérôme Bosch à Jean Paul Riopelle, ce format n’a jamais cessé d’évoluer. Il s’est libéré de sa fonction religieuse pour devenir un véritable terrain d’expérimentation.
Aujourd’hui, il n’impose plus de règles.
Il propose un cadre - à nous de le faire vibrer.
Composer plutôt que représenter
Dans ce projet, je ne cherchais plus à photographier un lieu.
Je cherchais à comprendre ce qu’il laisse en nous.
À travers la superposition d’images issues d’un même territoire, j’ai voulu créer une tension - une image qui ne montre pas seulement, mais qui évoque.
Chaque panneau devient un fragment.
Un souffle.
Une trace.
Le triptyque m’a permis de penser autrement :
non plus en image unique, mais en relation. En circulation. En déséquilibre parfois.
J’ai puisé dans mes souvenirs, dans des images qui me hantent ou m’inspirent, pour composer ces trois œuvres. Chacune d’elles témoigne d’un fragment de moi, d’un passé que je voulais mettre en lumière.
Svalbard - le choc du réel
Ce travail trouve son origine dans une expérience marquante : mon voyage au Svalbard en 2012.
Là-bas, tout est immense, silencieux, fragile.
La beauté est brute. Mais elle est aussi menacée.
J’ai été frappé par cette tension entre puissance et disparition.
La glace qui se retire.
Les repères qui se déplacent.
Les animaux qui luttent pour survivre dans un territoire qui change.
Je ne voulais pas illustrer le réchauffement climatique.
Je voulais traduire ce que j’ai ressenti face à lui.
Une instabilité.
Une perte d’équilibre.
Une beauté en sursis.
Une expérience collective
PASSÉS COMPOSÉS n’est pas qu’un projet individuel.
C’est une rencontre!
Un dialogue entre pratiques, sensibilités et parcours différents.
Créer en parallèle des autres, partager une recherche, confronter les regards…
cela m’a amené à sortir de mes automatismes et à ouvrir mon processus.
Entre passé et devenir
Avec le recul, cette exposition marque un tournant.
Elle m’a permis d’assumer pleinement ma posture de compositeur visuel :
ne plus capter un territoire, mais le recomposer.
Créer des images qui ne sont pas des lieux, mais des expériences.
Et maintenant
Certaines œuvres de cette exposition étaient restées en retrait.
Aujourd’hui, elles prennent un autre sens.
Elles annonçaient déjà la suite.
Une recherche plus profonde autour du territoire, de la mémoire et de l’identité -
un travail qui continue de se développer aujourd’hui dans mes projets actuels.
Si vous avez vu l’exposition, je serais curieux d’avoir votre regard.
Et si vous découvrez mon œuvre aujourd’hui, laissez-vous simplement traverser.